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Un soir d'orage et de lumière aux Estivales : « Ten-te fièra ! » à Marie, en Tinée

il y a 17 heures
7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 heures


Marie, petit village perché de la vallée de la Tinée, nous a offert l'une des soirées les plus fortes de cette saison des Estivales du Département des Alpes-Maritimes 2026 : un orage, une panne générale, un concert entièrement acoustique… et tout un village resté jusqu'au bout.


affiche de Zine aux Estivales de Marie
Le maginfique village de Marie

Un immense merci au Département des Alpes-Maritimes pour son engagement en faveur de la culture à travers les Estivales 06, qui permettent chaque été à la musique de gravir les routes du Haut Pays et d'aller à la rencontre des villages les plus reculés.


Merci aussi à la commune de Marie et à tous ses habitants pour un accueil d'une chaleur rare : ce soir-là, tout le village était là.


Marie, un village-sanctuaire au cœur de la Tinée



le blason de Marie
Le blason du Village de Marie


Marie se mérite : perché à 630 mètres d'altitude sur la rive gauche de la Tinée, à quelques kilomètres au sud de Saint-Sauveur-sur-Tinée, on l'atteint par une petite route qui serpente à travers la forêt de la Lauzette.


Un village de montagne, dominé par les crêtes du massif du Gélas et du Caïre Gros, où le temps semble avoir gardé un pas plus lent qu'ailleurs.


vue du village de Marie
Vue sur le village de Marie

La légende raconte que Marie serait né d'un ermite, venu s'installer sur ce piton rocheux pour y prodiguer des guérisons miraculeuses. Grâce aux aumônes reçues, il aurait fait bâtir une chapelle dédiée à la Vierge — et c'est de cette dévotion mariale que le village tiendrait son nom, devenu au fil des siècles un authentique centre de pèlerinage pour les habitants de la basse Tinée et de la vallée de Valdeblore.


La première trace écrite du village remonte à 1066 : dans un acte de donation, les frères Pierre et Milon Lagit cèdent la moitié des dîmes du village à l'évêque de Nice, pour la construction de l'église Notre-Dame de Clans — un geste typique de cette époque féodale où le salut de l'âme se négociait aussi en terres et en revenus.


Anselme Barin (1915-2009), curé de Marie et Ilonse, Juste parmi les Nations


La plaque commémorative de Anselme Barin
La plaque commémorative

Né le 24 juillet 1915, Anselme Barin est curé de Marie-en-Tinée et de la paroisse voisine d'Ilonse, deux villages reculés du Haut Pays niçois. En septembre 1943, quand l'occupation allemande remplace la zone italienne dans le sud-est de la France, de nombreux Juifs réfugiés à Nice doivent fuir de nouveau vers les vallées de l'arrière-pays.


Le docteur Maurin, de Clans, sollicite alors son ami le père Barin pour cacher des familles menacées de déportation.


Le prêtre accepte d'héberger la famille Baril — un marchand juif, son épouse, leur fille et leurs deux fils, dont le plus jeune n'a que sept ans — pendant onze mois, du 15 septembre 1943 jusqu'à la Libération, en août 1944.


Pour cet acte de courage, Anselme Barin est reconnu Juste parmi les Nations en 1994, distinction remise lors d'une cérémonie à la mairie de Nice.


Il meurt le 18 septembre 2009. Une plaque a depuis été apposée à Marie en sa mémoire.


La langue régionale est présente partout !


Ici, on est en plein pays gavòt : dans le parler local, on dit Mariò, et ses habitants sont loui Mariol. Un rappel que la langue d'òc, sous ses formes gavotes, nissardes ou provençales, façonne encore aujourd'hui les noms mêmes de nos villages.




En arrivant au village, le provençal — ou plutôt le gavot — sautait aux yeux à chaque coin de rue : sur les linteaux, les fontaines, les plaques de rue. Une langue bien vivante, gravée dans la pierre.


Voici quelques mots gavòts relevés dans le village :


  • Lou tèmp passo, passo lou ben (le temps passe, passe-le bien) — devise gravée sur le cadran solaire

  • Charriero dal Bestagn (rue du Bétail)

  • Charriero dal Baus (rue du Rocher)

  • Escourcho de la Peyro (raccourci de la Pierre)

  • La Fount-luegn (la Fontaine lointaine)

  • La Plaço (la Place — Place de la Mairie)

  • Lou Fourn (le Four — le four à pain communal !)

  • Lou defici (le Moulin)

  • Lou Roucas (le Rocher)

  • Passage dal Pountet (passage du petit Pont)

  • Plaço dal Répitoun (petite place du Répit)

  • Puau dal Castèl (montée du Château)

  • Puau de la Fanjo (montée de la Fange)

  • Mariò, Countea de Nissa (Marie, Comté de Nice) — le nom même du village en gavòt, sur le panneau d'entrée bilingue


  • mot en gavòt du village de Marie

Il y a même des fans de l'OGC Nice au village !


Ici habite un supporter de l'OGC Nice
"Ici habite un supporter de l'OGC Nice"


Quand l'orage a éteint les lumières… et allumé la magie


Mais la soirée nous réservait une tout autre surprise. Un énorme orage s'est abattu sur la vallée juste avant le concert, si violent que tout le système électrique du village s'est retrouvé noyé sous l'eau.


Pas d'électricité, donc pas de sonorisation : il a fallu improviser et donner tout le concert en acoustique. Et c'est peut-être cela, finalement, qui a rendu cette soirée si particulière : plus rien entre la voix, les instruments et le public.




Rien que la musique, brute, portée par les quatre musiciens de « Zine et le Zine Band Orchestra » — Zine au chant, à la guitare et à l'accordéon, Jack Garcia au saxophone, à la clarinette et aux flûtes, Jean-Pierre Babarit à la contrebasse et aux guitares, et Georges Malinaric aux percussions.




Vidéo souvenir par Vincent La Sala que nous remercions !



Voici quelques photos souvenir de cette belle manifestation :

 


Voici le diaporama de ces Estivales : à télécharger ici, nous le présentons sur un écran plat pendant le spectacle, pour une meilleure compréhension de tous/


Un concert entièrement acoustique, sous l'orage, avec tout le village présent : un moment complètement magique, de ceux qu'on n'oublie pas.

Le public s'est serré, les lampes de poche ont remplacé les projecteurs, et la langue niçoise et occitane a résonné dans la nuit de Marie comme elle a dû résonner ici il y a des siècles, bien avant l'électricité.


Le lendemain : le parcours des animaux et le four à pain en chauffe


Le lendemain matin, place à la découverte du village au grand jour.


J'ai suivi le parcours des animaux qui serpente dans les ruelles de Marie — une jolie façon de flâner entre les maisons de pierre, les passages voûtés et les escaliers du village.


L’Auteur Principal : François Fuentes

François Fuentes est un artisan-ferronnier d'art et sculpteur passionné. Époux d'une « Mariole » (habitant du village de Marie) de vieille souche, il a choisi de mettre sa parfaite maîtrise technique et sa créativité au service de cette commune de l'arrière-pays niçois. 


Il transforme le fer et les métaux lourds en structures aériennes, poétiques et d'un grand réalisme.


Son travail se caractérise par un sens aigu du détail et une finesse d'exécution unanimement saluée par les habitants et les visiteurs.


Regardez comme c'est beau !



  • Les animaux en métal de Marie


En parallèle, un autre passionné du village, Claude Cagnol, s'illustre dans un style différent en pratiquant l'upcycling (le surcyclage) : il récupère de vieux outils agricoles en métal pour leur donner une seconde vie sous forme de petits personnages cachés dans le village. 


Voici d'autres photos que j'ai prises dans le village pour vous montrer l'ambiance et l'atmosphère authentique (cliquer pour agrandir) :



  • Le château des Grimaldi
  • Vue sur la Vallée de la Vésubie
  • Vue sur les montagnes en face du village
  • Vue du village
  • Vue du village
  • Vue du village
  • Vue du village
  • Vue du village
  • La Mairie


Et en chemin, une belle surprise : le four à pain communal était en route, prêt à cuire pour la fête patronale à venir. Rien de tel que l'odeur du pain qui cuit pour comprendre qu'un village est encore bien vivant, et que ses traditions ne demandent qu'à être transmises.


Un villageois en charge de démarrer le feu du four à pain communal pour la fête patronale
Un villageois en charge de démarrer le feu du four à pain communal pour la fête patronale


Un message fort : la langue niçoise partout, pour tous les publics


Cette soirée à Marie a également porté un message essentiel : la langue niçoise mérite d’être entendue partout.


Elle n’est pas réservée aux spécialistes, ni limitée aux villages du Haut Pays. Elle appartient à tout un territoire et à toutes celles et ceux qui souhaitent la découvrir, la partager et la faire vivre.


Elle a toute sa place dans les grandes manifestations culturelles, dans les festivals et dans les rendez-vous qui rassemblent tous les publics, de la montagne jusqu’au littoral.


Pourtant, cette évidence n’est pas toujours présente dans les choix culturels et touristiques. Les décideurs et les responsables du tourisme n’ont pas toujours conscience que la langue niçoise constitue une véritable richesse, un marqueur fort de notre territoire et un élément d’attractivité à part entière.


Car les visiteurs ne viennent pas seulement chercher des paysages : ils viennent aussi découvrir une histoire, une identité, des traditions et une manière singulière de voir le monde. La langue fait partie de cette expérience.


Une langue vit lorsqu’elle circule. Lorsqu’elle rencontre les générations. Lorsqu’elle sort des lieux où elle est habituellement entendue pour investir les scènes, les festivals et les grands événements.

Après le concert, plusieurs personnes sont venues me confier leur attachement à cette idée :


« La langue niçoise devrait avoir sa place partout, et aussi sur les plus grandes scènes du bord de mer. »

Ces paroles rappellent une évidence : une langue régionale ne doit pas être seulement conservée comme un héritage du passé.


Elle doit être considérée comme une richesse vivante, capable de créer de l’émotion, du lien et de la fierté, aujourd’hui comme demain.



Et enfin, voici la chanson "Ten-te fièra !" qui a donné son nom au spectacle :




Bonne écoute et bienvenue dans l’univers de « Ten-te fièra ! »


Merci Marie pour "dimenchada" inoubliable !

Merci à toutes celles et ceux qui étaient présents malgré l'orage, aux équipes des Estivales 06, aux habitants du village qui n'ont pas bougé d'un pouce quand les lumières se sont éteintes, et aux musiciens qui ont fait de cette panne générale un moment de grâce.

Ten-te fièra ! — la langue et la musique du Sud n'ont pas besoin d'électricité pour faire vibrer un village.





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